Dans mon rêve, tu dansais, dans la chaleur de la nuit, dans le froid de décembre. Dans ce club miteux où la fumée donnait une lumière glauque à la pièce. Sensuelle jusque dans ta chair. En rythme, tes hanches, ton regard. Tes yeux bleus aux crayons noirs, au mascara. Tu te donnais à la mer de regards, tu t'envolais – j'étais hagard – recommençant sans cesse, jusqu'à ce que l'heure tourne, vire, et que la révolution s'achève. Verres après verres, sueur commune. Tu fredonnais les paroles, et autour de toi, il y avait un halo de lumière.
Je me suis réveillais en sursaut. Transpirant dans mes draps, dérouté. Un regard sur l'horloge lumineuse. 4 : 30. Mes pieds touchent le sol froid du studio. Quelques pas, vers la douche ; brûlure. Les images de ce rêve tournent dans ma tête. Ces regards, sur tes courbes. Toi, dans cette robe noire. Tu jouais un rôle. Je le sais, dans ton regard, c'était écrit – on passe notre vie à jouer un rôle. Sensuelle ou... Je ne sais trop. Café fort, la nuit promet d'être encore longue tant elle fut courte jusque là. Une heure de sommeil plus tard, je jette à la poubelle le cadavre de la bouteille de vodka que j'ai bu la veille. Allume ma première clope de la journée. Posté à la fenêtre, je regarde la ville en cendre. Ici et là, des lumières du brasier de la journée. Tout le monde dort, même ceux qui se pensent éveillés. J'ai passé un jean à la va vite. Noir.
Au royaume des insomniaques, chacun ses cauchemars. Le mien à la peau blanche d'une porcelaine, et des cheveux noirs qui collent à des joues transpirantes. Je rêve d'étreinte lorsque mon lit est vide.
Une table posée sur deux tréteaux, voilà la seule chose que j'ai pour m'évader. C'est beaucoup certains diront. J'écris sur des cahiers cornés, rature sans cesse. La corbeille est pleine, comme le cendrier. J'ai des poumons saveur goudron. Je sors.
Dehors tout es calme, il fait froid, mais ce n'est rien. Je marche, sans but. Dans ma tête cette musique, et devant mes yeux ta danse. Vipère. Tu m'as piqué dans mes rêves. Et depuis, je suis insomniaque, à ta recherche. Le long du trottoir des putes battent le pavé. Qu'est ce qui cloche avec ce monde ? La sensualité, ici, à un prix. Si elles te connaissaient, enflammant ce bar, elles rentreraient chez elles, dans leurs tours en bordure de la ville. Le schéma urbain est oppressant, tué par des cités dortoirs. Le marchand de sable est mort, ici, on ne vend plus que du rêve ; entre strass paillette télé et poudre d'escampette. Au loin, l'aube se lève, couleur bleue et rose. Et toujours la même marche. J'ai mal à la tête, et mes cernes sont profonds. Sous mes pas le macadam se réveille et la ville reprend sa frénésie. Quelqu'un a soufflé sur les braises. Que brûle la ville.
Je suis chez moi. Mon réveil sonne, je l'éteins. Il est sept heures.
Manathan Blues
Absynthe Minded - My heroics, part one